La beauté du diable

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Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé

Qui le saisit à la crinière entre ses genoux qui le dompte

N’entend désormais que le bruit des fers de la bête qu’il monte

Trop à ce combat nouveau pour songer au bout de l’équipée

 

Jeunes gens le temps est devant vous comme un appétit précoce

Et l’on ne sait plus que choisir tant on se promet du festin

Et la nappe est si parfaitement blanche qu’on a peur du vin

Et de l’atroce champ de bataille après le repas de noces

 

Celui qui croit pouvoir mesurer le temps avec les saisons

Est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu’en arrière

On se perd à ces changements comme la roue et la poussière

Le feuillage à chaque printemps revient nous cacher l’horizon

 

Que le temps devant vous jeunes gens est immense et qu’il est court

A quoi sert-il vraiment de dire une telle banalité

Ah prenez-le donc comme il vient comme un refrain jamais chanté

Comme un ciel que rien ne gêne une femme qui dit Pour toujours

 

Enfance Un beau soir vous avez poussé la porte du jardin

Du seuil voici que vous suivez le paraphe noir des arondes

Vous sentez dans vos bras tout à coup la dimension du monde

Et votre propre force et que tout est possible soudain

 

Écarquillez vos yeux ne laissez pas perdre cette minute

Je l’entends votre rire au paysage découvert J’entends

Dans votre rire et votre pas l’écho des pas d’antan

Une autre fois la clameur des jeux qui devient le cri des luttes

 

Une autre fois la possession qui commence Une autre fois

Ce plaisir de l’épaule à l’image du pont passant les fleuves

Cette jubilation de l’effort à raison de l’épreuve

La nuit qui se fait plus profonde à la nouveauté de la voix

 

Tu ne te reconnais guère au petit matin dans les miroirs

Avant que la vie ait repris descends dans la fraîcheur des rues

Il n’y a plus qu’un peu de brume où tremble un passé disparu

Un vent léger a mis en fuite le dernier journal du soir

 

C’est l’heure où chaque chose de lumière à toi seul est donnée

C’est l’heure où ce qu’on dit semble aussitôt occuper tout l’espace

Elle a pour toi les yeux sans fard de toutes les femmes qui passent

Regarde bien vers toi venir amoureusement la journée

 

 

Petite clarté saute saute

Dans les yeux des jeunes gens

La marée est toujours haute

Toujours le péril urgent

Toujours le bonheur en cause

Toujours c’est la tombola

On n’y gagne que des roses

On y perd son matelas

Toujours le ciel en eau trouble

Passez muscades passez

Toujours toujours quitte ou double

Et jamais jamais assez

 

 

Ils ne sauront que bien plus tard le prix passager de cette heure

Je me souviens de ce parfum pourtant sans cesse évanoui

Je peux avec les yeux ouverts retrouver mon cœur ébloui

Je me souviens de ma jeunesse au seul spectacle de la leur

 

Je me souviens

 

Aragon, Le roman inachevé

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